L’expérience de Claude

Claude a accueilli 4 jeunes femmes pour des durées de 5 à 7 jours. Retraitée, Claude était très disponible pour ces jeunes femmes. Elle témoigne comment se sont passés les accueils, ce qu’elle a partagé avec elles.

 » Sophie était passionnante, nous avons eu de bonnes conversations, en particulier avec mon grand fils de 42 ans, sur la politique, sur l’Afrique, sur la France. Cela nous a permis d’aborder des questions essentielles, sur la liberté, la démocratie, sans se raconter soi-même. Elle aime lire et nous avons parlé lecture, je lui ai prêté des livres. Elle est venue avec moi voir ma mère de 95 ans, qui l’a très gentiment accueillie, en la remerciant de venir la voir. Sophie m’a dit dans le métro du retour qu’elle redécouvrait des bonnes relations possibles entre une mère et sa fille. On a fait des courses pour chercher des produits de son pays, elle nous a préparé un super repas d’adieu avec mes enfants. Je l’ai revue il y a quelques jours, on voulait se dire au revoir avant son départ (retour au pays, avec l’aide de l’OFII), elle est venue chez moi avec son bébé, je l’ai trouvée un peu triste, même si elle s’occupe très bien de l’enfant.

Sarah était très débrouillarde, elle partait toute la journée, faisait des tresses dans les jardins pour un peu d’argent. Elle respectait la maison, les horaires, me prévenait toujours.

Salima est venue avec moi garder mon petit-fils, venue voir ma maman aussi mais en restant à distance, je l’ai emmenée au cinéma elle était ravie (je ne sais plus quel film..) et puis on a cuisiné cuisiné ! Elle s’est beaucoup reposée à la maison, sans sortir.

Irène, très souriante, centrée sur sa grossesse, se trompait sans cesse sur le terme, nous sommes allées à la PMI, elle a découvert comment ça marchait, on est allées au métro Château-Rouge, elle s’est sentie un peu en Afrique, a acheté des produits de son pays à des gens de son pays, m’a appris des choses. Je suis allée la voir à la maternité, je l’ai rappelée pour lui donner le sens du prénom d’origine grecque de sa fille. J’ai laissé un message mais elle ne m’a pas rappelée.

Pour chacune, j’ai trouvé assez simple d’organiser la journée, je leur disais : je dois faire ça, veux-tu venir avec moi, c’est possible. Elles savaient dire oui ou non. Elles savent aider dans une cuisine, elles voient tout de suite ce qu’il y a à faire. À part le lave-vaisselle, qu’elles ne connaissent pas.

Elles trouvent la France plutôt accueillante, et apprécient la liberté qu’on leur laisse, elles en ont besoin.

J’ai été étonnée de leur respect des règles : rentrer à telle heure, ne pas manger dans les chambres, toutes les 4 étaient discrètes.

Je me suis efforcée de l’être aussi, de ne surtout pas les questionner, mais toutes m’ont raconté un peu de leur histoire. « 

L’expérience de Louise

Louise et Léa sont arrivées en France en 2016. Victime de graves violences conjugales et menacée de mort par son ex-mari, Louise a fait une demande d’asile, et toutes deux ont bénéficié du statut « demandeur d’asile » qui leur a donné des droits et un statut pendant 18 mois : hébergement en foyer, allocation, CMU, Pass Navigo. Lorsque  leur demande a été rejetée, elles ont tout perdu et se sont retrouvées à la rue. Elles ont déposé un recours à la décision de l’OFPRA.

« Je m’appelle  Louise, je suis accompagnée de ma fille, une ado de 15 ans. Le jour où nous étions avons été déboutées de notre demande d’asile, le 11 juillet 2018, je ne savais pas quoi faire, sans un membre de ma famille dans ce pays, juste avec ma fille.

Mon assistante sociale m’a conseillé d’aller à association à Cergy. Etant une femme ayant subi des violences conjugales dans mon pays, ainsi que ma fille, j’ai été reçue un jeudi après-midi par des femmes de cœur et de bonne foi. En arrivant à l’association, j’étais en pleurs ; ce jour-là, j’avais perdu toute mes forces et je ne savais pas où dormir le soir-même. Étant sensible à ma situation, la première dame qui m’a reçue est allée voir une certaine Madame M à l’accueil de jour qui a essayé de me remonter le moral et a contacté une dame bénévole qui pouvait nous recevoir chez elle ce soir-là.

Nous nous sommes donc rendues dans cette famille très exceptionnelle, un couple ainsi que leur fille. Notre joie était grande : des gens que nous ne connaissions pas nous ouvraient grand leur porte. C’était merveilleux de voir qu’il y a encore des gens qui ont l’amour du prochain dans ce pays, comme si nous étions chez nous. Nous avons discuté et pris le dîner ensemble. Le lendemain matin, le couple et leur fille ont vaqué à leurs occupations, et nous sommes restées avec ma fille sans crainte. Le meilleur, c’est qu’ils n’ont pas eu peur de laisser leur maison à des inconnus, alors que nous venions juste de faire connaissance la veille au soir.

Le jour suivant, il était question que nous passions la nuit dans une autre famille bénévole, non loin de chez eux, mais le 115 nous a appelées pour nous informer de la disponibilité d’une chambre dans un hôtel à St Germain en Laye pour une semaine. J’ai appelé la dame pour lui annoncer la nouvelle, vraiment elle était dans tous ses états, car nous n’avions pas mangé. Qu’est-ce qu’elle pouvait faire pour nous ? Elle a donc fait le nécessaire pour qu’il ne nous manque rien ce soir-là, nous a donné deux assiettes, deux tasses, deux cuillères et fourchettes, une casserole, du beurre, du pain, etc. Et cela ne s’arrête pas là, elle a ensuite parlé de nous à une autre bénévole habitant à Louveciennes que nous ne connaissions pas. Cette dame nous a appelées de la part de Mme Y, la première bénévole, qui nous avait prévenues. Elle est venue nous chercher à la gare de St Germain en Laye dans une Renault Clio rouge, et nous a emmenées à Lidl faire les courses pour la semaine, le temps de notre séjour à l’hôtel, ainsi que des cahiers pour la rentrée des classes de ma fille.

Je ne pouvais que dire « Merci  Seigneur pour tes merveilles », car avec tout ce que j’avais dans la tête, j’ai retrouvé le sourire grâce à l’association et surtout aux bénévoles qui ont marqué une forme de sympathie, d’amour et d’affection dans nos vies.  En gros, nous avons retrouvé une famille que nous n’oublierons jamais. C’est rare de nos jours de voir des gens qui s’engagent à donner de l’amour et de la sympathie à ceux qui sont dans le besoin, avec une considération sans distinction. Vraiment, merci.

Ma prière serait que vous continuiez dans cet élan, et que d’autres personnes autour de vous suivent cet exemple. Que le Seigneur continue à toucher vos cœurs d’amour et lui en retour prendra soin de vous.

Encore merci pour tout.

Dans les moments d’épreuves, Dieu a fait grâce, j’ai rencontré des gens qui aujourd’hui font partie de ceux, ici-bas, que je n’oublierai jamais. »

L’expérience de Sophie

Sophie, 31 ans,  est arrivée en France en octobre 2017. D’abord accueillie chez des parents, elle s’est retrouvée à la rue au mois de décembre.

« Quand on dort dans la rue, dans l’indifférence des passants, la faim, l’insécurité et le manque d’hygiène, on finit par se déshumaniser.
Alors,  quand on vous annonce qu’il existe en France en dehors des associations classiques, une association de particuliers qui décident d’accorder du temps, de l’attention et un toit à des inconnues en situation de précarité… on renait, on s’humanise à nouveau avec l’impression de compter et d’exister.
Les mots sont assez faibles pour exprimer ce que je ressens. Je sais que c’est temporaire. Mais être hébergée par M. et Mme P. ça a été plus qu’avoir un toit sur la tête, de la nourriture et des vêtements propres. J’ai renoué avec le contact et la chaleur humaine, la générosité, le don de soi, des conseils avisés et surtout surtout, une oreille attentive.
Et c’est cette France que je veux garder en mémoire, celle que j’ai lue dans les livres, celle des Droits de l’Homme et de la Justice.
Merci infiniment à l’Association Saphir. »

L’expérience de Geneviève

En avril 2018, Geneviève et son mari ont accueilli Angèle, âgée de 62 ans, pendant 9 jours, avant qu’elle soit hébergée de façon pérenne dans un hôtel du 115. Elle était venue en France pour subir une très lourde opération, inenvisageable dans son pays. Après avoir été hébergée dans sa famille pendant plusieurs mois, la situation des personnes chez qui elle était s’est dégradée, elle a été obligée de partir, et s’est retrouvée à la rue.

Geneviève témoigne des liens qu’elle a gardés avec Angèle, depuis pratiquement 1 an.

 » Tout d’abord, je pense que ce qui me correspond le mieux, c’est d’avoir pu créer une relation dans la durée et sans le poids des questions de démarches administratives. Nous avons aussi des éléments qui nous rapprochent : nous sommes du même âge, Angèle chante à la chorale de son église dans son pays, elle est chrétienne, …

Après avoir changé 3 fois d’hôtel, Angèle est maintenant, et pour au moins 6 mois, dans un hôtel social : une chambre seule avec un petit frigidaire et un lavabo, des sanitaires communs, une cuisine pour 7 chambres, du personnel d’accompagnement, un gardien 24h/24. Le sentiment qu’une étape est franchie. Un peu de stabilité. Mais cela a été difficile pour Angèle d’être dans une chambre sans télévision. Nous avons envisagé de lui procurer une radio, mais cela ne l’intéressait pas. Par le bouche à oreille, elle a su trouver une télévision. Maintenant, il manque le décodeur ; elle sait où l’acheter, elle attend d’avoir l’argent pour cela.

Le fait d’être en ville lui donne plus de liberté car elle peut se déplacer à pied : le marché, les associations où elle a ses repères, la bibliothèque. Par exemple, nous nous donnons rendez-vous à la sortie de mon travail et elle emprunte des livres sur ma carte. La crainte de prendre les transports en commun quand elle n’a pas de ticket reste très forte.

Le samedi matin, l’habitude est prise de l’emmener faire les courses avec moi; elle achète ce qu’il lui faut pour manger dans la semaine. En général elle reste déjeuner et rentre chez elle dans l’après-midi après avoir fait un tour du jardin. Aux beaux jours, elle a surveillé de près le potager, arrosant les plants dès qu’elle arrivait ! Elle repart avec les numéros de La Croix de la semaine passée à lire.

Angèle a commencé du bénévolat dans une association ; depuis quelques semaines, elle accueille les personnes domiciliées à l’association et leur remet leur courrier. Elle garde de temps en temps les tous-petits enfants d’une jeune résidente qui lui donne un peu d’argent en retour.

Nous nous sommes retrouvées pour la marche pour l’égalité hommes / femmes le 8 mars ; elle était tellement contente d’être là !

Au cours de l’année, des expositions, des concerts, le potager, casser des noix devant le feu de la cheminée en discutant, écouter de la musique tranquillement assise dans le canapé du séjour, des cartes postales envoyées quand je m’absente; des choses toutes simples. Dans le livre de Pierrette Fleutiaux « Destiny », j’ai retrouvé plein de choses que je vis avec Angèle. L’importance du téléphone comme lien qui permet de suivre les changements de lieu, de se donner rendez-vous ; c’est moi qui appelle, Angèle n’a pas de crédit. Une histoire qui se dévoile peu à peu, certaines réactions déconcertantes, des incompréhensions dues aux mots employés. Je ne donne pas d’argent et ne lui achète régulièrement que de la nourriture. Quelques casseroles, une bouilloire, assiettes et couverts, un pull tricoté par ma belle-mère…  »

L’expérience de Naima

« Quand j’ai eu ma séparation avec mon conjoint, j’ai commencé à dormir avec le 115 du Val d’Oise, durant 2 semaines. Après, plus rien, je dormais dehors avec ma fille de 7 ans, durant 4 jours, avec tous les dangers qui peuvent arriver à une femme avec sa fille… Anna, qui travaille à l’Association Du Côté des Femmes m’a appelée comme je pleurais à longueur de journée : je lui ai expliqué mon problème. Elle a fait appel à l’association Réseau Saphir, qui est venue me prendre directement et m’a placée dans une famille, chez Magali et son mari ; il m’ont donné l’hospitalité, j’ai dormi là-bas 2 nuits dans une grande chambre, ils m’ont donné à manger et se sont occupés de ma fille. Quand j’ai quitté là-bas, je suis venue chez Marie et sa famille, qui nous ont accueillis à bras ouverts, j’ai lavé mon linge, on a mangé là-bas durant 3 jours, avec un soutien psychologique et moral ; ils ont adopté ma fille, elle se sentait chez elle. Après, Marie nous a amenées dans une autre famille, qui nous a tendu la main à première vue, sans en être inquiète. Je suis restée avec ma fille durant 1 mois et demie, ils nous ont pris comme des membres de leur famille.

Donc, cette association oeuvre contre la précarité des femmes et des enfants. Je remercie ceux qui ont créé cette association, qui m’ont aidée à trouver un toit en attendant de trouver quelque chose. »

L’expérience de Thierry et Magali

Le Réseau Saphir proposant un accueil dans l’urgence, les familles sont parfois sollicitées… dans l’urgence ! Ainsi, Thierry et Magali ont accepté de recevoir pour le soir même Naima et sa fille de 7 ans. Naima avait dû partir de chez elle pour fuir la violence de son compagnon, et avait passé 2 nuits dans la gare avec sa fille. 

Thierry : « Nous trouvons très belle l’initiative du Réseau Saphir : pouvoir accueillir une personne pour un temps donné, tout en étant « sécurisé » par l’existence d’une structure officielle avec un réseau qui peut prendre le relais. On s’engage de ce fait pour une durée précise, selon ses possibilités.

Quant à la rencontre avec la ou les personnes accueillies, quelle richesse ! Nous avons fait la connaissance d’une maman et de sa fille, partagé avec elles une expérience commune, et tissé des premiers liens de confiance et de respect mutuel. A renouveler ! »

 

L’expérience d’Ariane

L’expérience d’Ariane
Ariane a accueilli Amina chez elle pendant 2 semaines. Amina avait décidé de garder sa grossesse, contre l’avis de son entourage, qui voulait la forcer à avorter.

« Lorsqu’on nous a proposé d’accueillir Amina, nous avons d’abord été pris de court devant l’urgence, puis nous avons réalisé que rien ne s’y opposait et c’est un sentiment de joie qui nous a ensuite habités. Entourer une maman dans sa décision de poursuivre sa grossesse a semblé naturel. Se laisser accueillir était courageux de sa part, car elle arrivait dans une ville, une famille, une culture où elle n’avait aucun repère.

Amina souhaitant devenir auxiliaire de vie, j’ai tenté une demande à l’EHPAD voisine qui a accepté de l’accueillir 2 jours en observation, pour l’occuper et pour la conforter dans sa perspective professionnelle. Je signale l’idée car en sollicitant l’entourage j’ai rencontré des personnes qui ont volontiers contribué à cet accueil.

Nous avons eu besoin d’ajuster plusieurs choses pendant le séjour, notamment au niveau des horaires, de l’usage de la salle de bain, ou de la participation aux travaux ménagers. J’en retiens qu’il est nécessaire de prendre un moment ensemble le 1er jour pour ajuster les modalités de vie commune, et discerner ce qui peut mettre la jeune femme à l’aise.

Chez nous, côté cuisine, Amina a demandé à faire une soirée crêpes. Elle tenait aussi à cuire et assaisonner elle-même sa viande ou son poisson.

Côté ville, Amina a découvert la lecture en bibliothèque, elle a pu emprunter des livres sur la grossesse et les a feuilletés avec notre fille.

Cet accueil a apporté l’occasion d’une vraie rencontre. Nous avons eu des échanges sincères et d’autant plus émouvants qu’ils sont éphémères. Un moment de fraternité. »